BACK ON TRACK


PRÉSENTATION

Artiste plasticienne, je vis et travaille en France depuis 10 ans. Je suis d'origine moldave, mais ayant créé de nouvelles racines en France, je me sens française dans l'âme.

Quand j'ai quitté mon pays d'enfance, j'ai senti le besoin d'oublier mon passé, persuadée que c'était le seul chemin possible en vue de la construction d'une nouvelle vie sur un nouveau territoire. Cependant, oublier son passé c'est oublier ce qu'on est réellement, c'est se détacher d'une partie du « soi » et être incomplet. En écho à l'actualité, des migrants, mon propre passé resurgit en moi et c'est pour cette raison que je souhaite, par la marche, « revenir en arrière », sur le territoire de mon enfance, afin de renouer des liens avec mes racines enfouies.

Les notions telles que : la mémoire, l'identité et le territoire nourrissent ma réflexion. Je suis fascinée par l'idée que les souvenirs des lieux que nous avons connus par le passé, nous habitent continuellement et que de façon quasi-imperceptible ils influent sur notre présent. Les lieux nous habitent au-delà du temps où nous y avons réellement vécu.

À travers le récit, le son, l’installation, la cartographie, le dessin et la peinture, je me questionne sur le rôle du territoire et du déplacement dans notre société. Ainsi, la traversée de pays et territoires qui me sont inconnus, alimentent ma réflexion et mon travail artistique.

LE PROJET

Le projet Back on track est une forme de performance qui consiste à parcourir à pied, depuis mon domicile actuel (Ax-les-Thermes), les chemins de Saint Jacques de Compostelle et autres chemins afin de relier la France, mon pays d'adoption à la Moldavie, mon pays d'origine.

Équipée d'un sac à dos, d'une tente et du strict nécessaire en plus du matériel artistique, cette performance sera découpée en 6 étapes. Chaque étape correspond à un pays : la première traversera la France ; la deuxième l'Italie ; la troisième l'Autriche ; la quatrième la Hongrie ; la cinquième la Roumanie et la sixième pour traverser la Moldavie jusqu'à la capitale (Chisinau).

Afin d'y parvenir je vais emprunter principalement les chemins de Saint Jacques, en sens inverse, à contre-courant de la démarche habituelle. Faire son propre chemin cela peut être aussi défier le sens « normal » du chemin, emprunté la plupart du temps.

Ce projet, dans son intégralité, consiste à faire au total un peu plus de 3 800 km et se fera sur plusieurs années, le but n'étant pas d'aller au plus vite mais d'y arriver. Comme le disais Lao Tseu « Le voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas », je vais effectuer la première étape de ce parcours (830km) de juillet et jusqu'à septembre 2017 pour arriver à la frontière Italienne au niveau de Montgenèvre.

Cette expérience nourrira mon travail artistique et le questionnement sur le rôle des racines dans la construction de « soi ». Au-delà de la performance physique, c'est un retour aux origines. Un retour, de la manière la plus lente, la marche, afin de permettre aux souvenirs enfouis de refaire surface. À travers ce projet je parle de l'exil, mais aussi de la réconciliation avec son point de départ et ses premières racines.

Une fois accomplie, cette marche, sera la matière qui me servira à créer des nouvelles œuvres qui seront partagées avec le public sous la forme d'expositions.

POURQUOI LA MARCHE ?

Marcher c'est une des choses que nous apprenons au tout début de notre existence. Se dresser sur ses jambes, être debout, à la verticale et avancer un pas après l'autre, marque le début de l'humanité.

La marche est avant tout un rythme dont la lenteur invite à trouver sa propre cadence et être à l'écoute de son corps. Si, comme le disais Kundera, « Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse est l'oubli. » et que « le degré de la lenteur est directement proportionnel à l'intensité de la mémoire » alors, la marche de par sa lenteur, serait une façon de lutter contre l'oubli.

Lors de la marche, l'identité, le statut social, la profession, la religion, et autres conditionnements créés de toutes pièces, n'ont aucune importance car la seule chose qui fait avancer ce sont les jambes. Marcher c'est pour moi un moyen d'appropriation des territoires que je traverse. Ce sont des lieux vierges de souvenirs qui, par l'expérimentation physique et par la rencontre de l'Autre, créent des points d'ancrage émotionnels et deviennent familiers. Pour moi l'identité n'est pas simplement liée au lieu de naissance, elle se construit au fur et à mesure du cheminement personnel de la même façon que la plante « radicante », dont parle Nicolas Bourriaud. Cette catégorie de plantes crée de nouvelles racines, dites adventives, au fur et à mesure qu'elle avance.

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